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COMMENT PELERINER AUTREMENT

joelette compostelle

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Rencontre

Les personnes à mobilité réduites sont aussi attendues à Saint Jacques de Compostelle. Qui connaît la route du Puy et ses dénivellations peut être surpris. Paul et Béatrice nous racontent un pèlerinage pas ordinaire.

 

PAUL Au retour de Santiago de Compostelle, en 1998 après 80 jours de marche vers la tombe de l’apôtre saint Jacques, on éprouve pendant quelques mois une sorte de flottement, de la difficulté à revenir sur terre dans le concret de la vie. «  Mon Dieu que veux-tu que je fasse ? ; conduis-moi où il te plaira » Il faut s’armer de patience, être à la fois en éveil et s’abandonner à la grâce de Dieu.
Un beau jour d’avril 99, un article dans Famille Chrétienne, un déclic, c’est pour moi : on demande des volontaires pour accompagner des personnes à mobilité réduite (PMR) sur une portion du chemin de saint Jacques. Pour moi, pèlerin privilégiant la marche en solitaire, c’est l’occasion de répondre à cet appel de pèlerinage en groupe et l’occasion de rendre service.

joelette compostelle

BÉATRICE Pendant ce temps là, je cherchais une occupation pour le mois de juillet. Il faut dire qu’étant atteinte de sclérose en plaques depuis déjà douze ans, cela n’était pas évident. Or, en lisant une revue qui se trouve être la même que celle de Paul, j’ai eu l’attention attirée par un article présentant un projet original de l’Association Compostelle 2000 : il s’agissait d’une invitation faite à des PMR à participer à un pèlerinage sur le chemin de Compostelle. Alors, immédiatement, je me suis dit : « c’est ce que je recherche, le plein air, l ‘amitié, la joie » et je me suis inscrite pour cette aventure.

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PAUL Arrive le 14 juillet, me voici au milieu d’un groupe et quel groupe !
50 accompagnateurs pour 5 PMR que j’approche -timidement- pour la première fois.

BÉATRICE Pour ma part, ce jour là, je suis accompagnée par mon mari jusqu’au Puy en Velay, lieu de départ du pèlerinage. D’un seul coup je me retrouve en face de 55 personnes, inconnues, avec lesquelles je vais cheminer pendant 15 jours : des pèlerins de tous âges (9 à 81 ans), venus des quatre coins de France. Suit un repas dans un joyeux brouhaha où déjà ont lieu les premiers échanges. Je suis partagée entre la joie de la découverte et l’inquiétude de me mettre en marche vers un certain inconnu.

BÉATRICE Le lendemain, après la messe et la bénédiction des pèlerins, c’est le moment tant attendu d’une première grande découverte : la joëlette, l’engin un peu bizarre qui, tiré et poussé par les pèlerins valides, va me permettre de parcourir avec eux le chemin. Quelle émotion et quelle fierté quand le groupe se met en marche ! Tout de suite nous empruntons la rue saint Jacques. Déjà le « camino » s’ouvre devant nous…

joelette compostelle

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PAUL C’est la découverte des personnes à mobilité réduite, découverte des joëlettes, découverte de la montée à la sortie du Puy, bien plus raide que d’habitude quand on marche avec son seul sac à dos ! Et pourtant, avec 2 ou 3 pauses, on y arrive. On est vraiment content de déboucher sur le plateau et de dominer la ville du Puy.

BÉATRICE Pour moi aussi s’égrènent 15 jours de découvertes :
*découverte des paysages nouveaux.
*découverte d’un autre rythme de vie, celui de la vie communautaire et proche de la nature.
*découverte et apprivoisement progressif les uns des autres, jusqu’à l’impression de se connaître depuis toujours.

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*découverte de lieux et de signes religieux et, à travers eux, de l’histoire du pèlerinage.
*découverte aussi de la spiritualité de ce pèlerinage et du sens de notre quête.

PAUL Au fil des jours, je me sens un peu désorienté par l’importance du groupe et par toute l’organisation nécessaire en comparaison de la simplicité du pèlerinage solitaire.
A l’étape, 5 scouts assurent le montage des tentes, des pèlerins commencent à apprendre à aider les PMR à s’installer, à aller se laver, aux toilettes,…
J’y retrouve rapidement l’esprit « challenge » d’un… démarrage d’usine où tout le monde ‘tire’ dans le même sens en passant par dessus les défauts d’organisation.
Un tel groupe, c’est une dépendance continue, on n’a presque jamais de moment à soi.
C’est une école d’entraide pour se relayer aux joëlettes, c’est de l’humilité pour dire que l’on est asphyxié dans les raidillons ou que cela va trop vite dans les descentes.
Un tel groupe c’est aussi un état d’esprit qui se crée, des mots de reconnaissance, des chants (Béatrice demande même de chanter quand le chemin monte !), des talents que l’on découvre. En 15 jours on apprend à se connaître, on tisse des liens.
On s’est aussi organisé à plusieurs pour préparer une prière quotidienne au départ, ou dite à la première église rencontrée.

BÉATRICE Il faut dire que ce pèlerinage n’est pas non plus sans effort pour les PMR . Lever tôt, inconfort du couchage, sanitaires pas toujours adaptés, besoin de demander de l’aide. On a parfois comme un sentiment d’impuissance ou frustration de ne pouvoir alléger la peine de ceux qui se donnent du mal pour nous.

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Mais quelle joie pour des PMR d’être marcheurs parmi les autres marcheurs, ces autres qui nous permettent de vivre et aussi à qui, dans un certain sens, nous permettons de vivre. Quel cadeau étonnant de voir les marcheurs valides ayant transpiré, peiné, soigné leurs ampoules, repartir joyeusement après s’être assurés que nous étions confortablement installés et à la fin les entendre nous dire : « merci d’avoir été avec nous, de nous avoir permis de vivre ces temps forts ; vous êtes les moteurs et la cohésion du groupe. »

PAUL En effet, la clé du succès de ce pèlerinage a été la présence des PMR qui ont littéralement « cimenté » le groupe. De voir au milieu de la nature leurs regards et sourires de remerciement après nos efforts avec les joëlettes nous a tous comblés : ils rayonnaient de joie.

BÉATRICE Par cette joie s’accomplit déjà la Bonne Nouvelle que Jésus est venu nous apporter. Elle préfigure notre vie éternelle dans la Jérusalem céleste, terme de notre pèlerinage sur terre, là où seront abolies toutes les différences, puisque l’Unique Amour nous fera vivre et l’Amour uniquement.

BÉATRICE ET PAUL  Nous avons tous avancé ensemble. Que continue notre chemin…

« Va pèlerin,

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